Patinage de vitesse courte piste – Jeux olympiques

Les adieux de deux grands

MarianneCharles
Photo Comité olympique canadien 


Pyeongchang, 22 février 2018 (Sportcom) – Kim Boutin a décroché jeudi soir sa troisième médaille individuelle des Jeux olympiques de Pyeongchang. Sur le côté de la patinoire, résignée de devoir quitter la Corée du Sud les mains vides, Marianne St-Gelais a été témoin de l’ascension de cette nouvelle étoile.

À son ultime tentative de monter sur le podium, l’athlète de Saint-Félicien a vu son chemin s’arrêter en quart de finale du 1000 mètres après avoir fini troisième de sa course. Seules les deux premières obtenaient leur laissez-passer pour la ronde suivante.

« C’est sûr que je suis extrêmement déçue », a soufflé St-Gelais avant d’éclater en sanglots. « C’était important pour toute la durée des Jeux que je reste concentrée pour les prochaines épreuves, mais c’est maintenant terminé. Je n’ai plus rien sur quoi m’accrocher dans l’immédiat et les nerfs lâchent », s’est-elle excusée.

À ses troisièmes et derniers Jeux olympiques, Marianne St-Gelais avait des attentes à la hauteur de ses capacités : atteindre les finales et même espérer un podium. « C’était ma dernière occasion de briller et de faire les choses en grand. »

« Je savais très bien ce que j’étais capable de faire, a-t-elle poursuivi. J’ai un petit côté sentimental et un petit côté nostalgique qui embarquent. J’étais prête, je n’ai rien laissé au hasard et je me suis préparée pour tout plein de choses. Finalement, il n’y a rien qui s’est passé comme je le voulais. »

Marianne St-Gelais et Kim Boutin faisaient toutes deux partie de la même course de quart de finale du 1000 m. Les deux patineuses se sont retrouvées en tête de course, mais la Coréenne Kim Alang s’est invitée à la fête et a réussi à se placer entre les Québécoises, reléguant St-Gelais au troisième échelon.

« Le plan était que la Coréenne ne réussisse pas à se faufiler parce que je savais que ça allait être difficile de la dépasser. J’ai pris des décisions qui n’étaient pas mauvaises, mais il fallait que je sois plus sharp que ça. Elle a été meilleure que moi dans cette course-là. »

Lorsqu’elle a franchi la ligne d’arrivée au premier rang, Kim Boutin a jeté un regard derrière elle, espérant que celle qui la suivait était sa coéquipière. « J’ai fait plusieurs courses avec elle et j’aurais aimé qu’elle soit avec moi pour la finale. Ce sont des choses qui arrivent, mais Marianne reste une athlète extraordinaire », a mentionné celle qui est devenue la première athlète du pays à remporter trois médailles individuelles à de mêmes Jeux olympiques en patinage de vitesse courte piste.

Marianne St-Gelais n’était peut-être pas des finales olympiques cette semaine, mais elle s’est tout de même sentie privilégiée de pouvoir voir de près les succès de Boutin. « Je suis super contente de le vivre avec elle. Ça ne met pas un baume (sur mes performances), car je venais aussi chercher des trucs et je voulais performer pour moi, mais je suis quand même capable d’éprouver de la satisfaction et d’être contente pour elle. »

Une cinquième médaille pour Charles Hamelin

Turin, Vancouver, Sotchi et finalement Pyeongchang. Les destinations olympiques, Charles Hamelin les connaît. Le patineur de Sainte-Julie avait goûté au podium tant en 2006, qu’en 2010 et 2014. Ne manquait que 2018.

Éliminé hâtivement sur 500 m plus tôt cette semaine, sa dernière chance de médaille reposait sur le relais. En fin de soirée jeudi, ses coéquipiers Charle Cournoyer, Pascal Dion, Samuel Girard et lui ont bataillé ferme pour finalement décrocher le bronze.

« Finir sur une médaille, c’est super le fun. C’est le dernier souvenir que tu as », s’est réjoui Hamelin qui rejoint notamment les patineurs de vitesse Marc Gagnon et François-Louis Tremblay qui sont parmi les olympiens canadiens masculins les plus décorés de l’histoire.

Sa cinquième médaille olympique acquise, le patineur québécois s’est dirigé vers son frère, François. Ce dernier, également de la délégation canadienne à Pyeongchang, n’a pas été retenu au sein de l’équipe de relais tant en demi-finale qu’en finale. « J’ai serré mon frère dans mes bras, car il fait partie de cette équipe. Il n’était pas sur la glace pour les relais, mais il a sa place à part entière. Je voulais vivre ça avec lui. »

La carrière sportive du vétéran de 33 ans n’aurait pas été la même sans la présence de son petit frère.  « Nous avons fait trois Jeux olympiques ensemble. Nous avons vécu quelque chose d’unique et indescriptible que nous n’aurions jamais pu espérer en tant que frères. C’est arrivé comme un conte de fées. Nous sommes frères, coéquipiers, amis, rivaux. Les émotions sont super spéciales. »

Médaillé d’or au 1000 m plus tôt cette semaine, Samuel Girard s’estimait choyé de se retrouver aux côtés de Charles pour sa dernière course olympique. « C’est sûr de vivre ça avec Charles, à ses derniers Jeux olympiques, à sa dernière course. C’est quelque chose dont nous allons nous rappeler toute notre vie. Ce sont des beaux moments. »

Le flambeau change de main

En partageant son dernier podium avec ses coéquipiers, Charles Hamelin ne pouvait pas mieux participer au passage du témoin vers la nouvelle génération de patineurs québécois.

« La dernière saison de relais que nous avons faite a été incroyable. C’est quelque chose de vraiment le fun et positif pour l’équipe canadienne. Nous avons pris des décisions de groupe, nous nous sommes regardés dans le blanc des yeux et nous nous sommes dit les vraies choses. Nous voulions apprendre de chacun d’entre nous et nous avons été critiques. C’est ce qui a donné les résultats en ce moment et nous ne pouvons qu’être fiers de ce que nous avons accompli », a-t-il souligné.

Les dernières courses olympiques de Marianne St-Gelais et Charles Hamelin maintenant derrière eux, ceux qui leur succèderont seront prêts à relever le défi de faire oublier l’absence de ces deux grands.

Pour Marianne St-Gelais, il était important de quitter en sachant que son sport était en santé. « C’est super important pour moi. Ça restait aussi un objectif pour moi de voir mes coéquipières performer. La relève est là. On ne peut pas avoir des meilleurs leaders pour l’équipe canadienne que Kim Boutin et Samuel Girard », a souligné la détentrice de trois médailles olympiques.

Pascal Dion, qui en est à ses premiers Jeux olympiques à Pyeongchang, portera lui aussi fièrement le flambeau.   « Charles a tellement apporté en patinage de vitesse au Canada. Notre équipe est plus forte que jamais et il y a de la relève. Dans quatre ans, nous allons être prêts. »