Aviron

Ce qui se cache derrière le calme sur l’eau

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Merjin Stoers 


Montréal, 24 avril 2020 (Sportcom) – Manger, dormir, ramer. C’était le quotidien des athlètes d’aviron avant d’être privés des grands espaces et de la beauté de pouvoir glisser sur une eau calme. Il manque également cet esprit d’équipe si important dans cette discipline beaucoup plus exigeante qu’elle n’en a l’air.

Marilou Duvernay-Tardif a toujours trouvé impressionnant de regarder une course d’aviron et d’avoir l’impression que c’est calme et fluide de l’extérieur. Elle assure que ce n’est vraiment pas le cas.
« Il y a des millions de choses à penser en même temps, affirme-t-elle en riant. Ta technique doit être coordonnée avec la technique des autres rameurs dans le bateau. Je trouve ça passionnant. De l’extérieur, on ne peut pas vraiment penser à quel point il y a autant de détails à travailler. »
Et cela peut être aussi très bruyant, surtout au milieu d’une course de bateaux à huit rameurs qui s’activent en suivant les directions des barreurs.
« Ça parait très calme, presque comme une danse très rythmique, quand on regarde l’aviron, décrit Kasia Gruchalla-Wesierski. Mais quand tu es dans le bateau, c’est complètement le chaos. Du monde crie, avec tous les barreurs à côté de nous c’est vraiment fort. Ça paraît calme, contrôlé, mais dans une course, c’est complètement différent. »
Motivation en équipe
« C’est un sport vraiment difficile, ce n’est pas pour tout le monde, juge Gruchalla-Wesierski. Il y a beaucoup de jours où je ne veux pas me lever pour aller faire du gros travail dans un bateau. Mais c’est surtout le monde avec qui je m’entoure qui me pousse. Je veux être là pour eux aussi et je pense que c’est ce qui me motive chaque jour. »
Confinées à la maison après la fin prématurée du camp de sélection de l’équipe nationale à Victoria, ces athlètes s’entraînent tout en restant loin des étendues d’eau, mais aussi de leurs coéquipières avec qui elles vivent normalement au quotidien.
« C’est ce qui me manque le plus. Pour moi, c’est un sport d’équipe, dit Kasia Gruchalla-Wesierski, qui fait partie de l’équipage du huit de pointe. Le plus difficile, c’est de m’entraîner seule. Mais je reviens un peu à la base. Je fais du vélo, des activités que je ne peux pas faire pendant que je fais de l’aviron. »
Car l’athlète veut se dépasser constamment et s’entraîne de six à sept jours par semaine. De plus, le nombre de compétitions durant une année peut se compter sur les doigts. Pour une course de moins de dix minutes, il est presque impossible de compter les heures d’entraînement.
« C’est beaucoup de travail pour si peu de courses. C’est sûr qu’il faut utiliser beaucoup de visualisation et d’autres techniques pour nous pousser chaque jour et demeurer parmi les meilleures dans le monde », explique Kasia Gruchalla-Wesierski, qui assure que ses coéquipières et elle demeurent en contact et se lancent des défis chaque jour.
Par ailleurs, en cette période de confinement, sa coéquipière Gabrielle Smith va chercher cette motivation en comparant ses performances à l’entraînement pour évaluer sa progression, même si elle ne peut le faire en profitant de la nature.
Beau temps, mauvais temps
Les athlètes doivent aussi savoir s’adapter à toutes sortes de conditions. Lors du camp à Victoria cet hiver, il n’y a eu que deux journées sans sortie à l’extérieur en raison du vent. Si l’on imagine souvent une course sur une eau calme, il faut toutefois être prêt à affronter quelques vagues. Notamment, aux Jeux de Rio, les courses étaient présentées sur une eau plus agitée.
À Knowlton, où se trouve le centre d’aviron du Québec, Marilou Duvernay-Tardif devait commencer à sortir en bateau sur le lac Brome. Avec son colocataire, ils ont plutôt ramené des vélos stationnaires et des ergomètres à leur appartement pour s’entraîner.
De retour de la Colombie-Britannique, elle vit une année un peu inversée. Au printemps, elle sortait sur l’eau après des mois à l’intérieur. Cette fois-ci, de retour d’un premier camp hivernal avec l’équipe nationale, elle doit ramer entre quatre murs.
« Être à l’extérieur me manque beaucoup, dit-elle. Je comparerais ça au tapis roulant pour un coureur ou au vélo stationnaire. On n’a pas le feeling d’aller quelque part. Ça et la nature autour de moi me manquent. »
Un grand respect
Tous les athlètes d’aviron savent à quel point une course est exigeante et tous se respectent à la fin de celle-ci. La remise des médailles en est un bel exemple. Les équipes se rassemblent tout simplement sur le quai, à la même hauteur.
Ce respect et cet esprit de compétition se retrouvent aussi au sein d’une équipe nationale, alors que les athlètes tentent de gagner leur place tout en contribuant au succès d’un équipage.
« C’est vraiment une situation un peu bizarre parce que tu es tout le temps contre tes coéquipières. Tu veux assurer ta position dans le bateau, mais en même temps, il faut travailler ensemble et créer une atmosphère d’esprit d’équipe qui est vraiment positif. Je pense que nous avons vraiment un bon groupe », dit Kasia Gruchalla-Wesierski, qui aimerait réaliser son rêve olympique.
Marilou Duvernay-Tardif, qui était gymnaste avant de choisir cette discipline, aime également cette combinaison entre l’individualité et l’esprit d’équipe. Elle se rappelle notamment avoir eu deux mois pour se préparer avec son équipage et trouver une chimie avant les derniers Championnats du monde des moins de 23 ans.
« On passe à travers tellement d’épreuves ensemble, affirme-t-elle. Ensuite, on retourne chez nous, mais on reste en contact. L’équipage peut changer l’année suivante, mais je trouve vraiment intéressant cet aspect-là de l’aviron. »
Si elles peuvent se permettre de se lever un peu plus tard ces temps-ci avant un entraînement, Marilou Duvernay-Tardif et Kasia Gruchalla-Wesierski ne demandent qu’à pouvoir profiter du grand air sur l’eau à nouveau tous les jours… et à repousser leurs limites en équipe.