Alliance Sport-Études

« Ne regarde pas en arrière, regarde en avant »

Texte signé par Rafaël Harvey-Pinard

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Montréal, 14 mai 2020 – Le 10 mars dernier, c’était veille de match. Comme nous en avions l’habitude depuis son arrivée avec les Saguenéens, mon bon ami Félix Bibeau et moi soupions à la maison familiale d’Arvida lorsque ma mère nous a dit « profitez de votre game demain, j’ai l’impression que ça pourrait être votre dernière de l’année ».

Naïvement, nous étions convaincus qu’elle exagérait, mais, moins de 24 heures plus tard, sans même nous en douter, nous disputions le dernier match de notre carrière junior.

Oui, le choc a été dur à encaisser, mais c’est avec le sentiment du devoir accompli que je tourne la page sur ce chapitre incroyable de ma vie, tant sur la patinoire, qu’à l’extérieur.

La LHJMQ : un rêve devenu réalité

Lorsque la suspension de la saison a été annoncée par le commissaire Gilles Courteau, j’avais toujours espoir de retourner sur la glace pour remporter les grands honneurs avec mes coéquipiers. Sur le coup, je me suis dit que ce serait positif pour l’équipe, afin de bien récupérer en vue des séries éliminatoires.

Mes espoirs se sont toutefois envolés le 23 mars, avec l’annulation de toutes les activités restantes au calendrier de la Ligue canadienne de hockey (LCH). Sincèrement, j’étais dévasté. J’en ai eu pour quelques jours à m’en remettre.

Aujourd’hui, la déception est toujours présente, mais comme à l’habitude, je préfère me concentrer sur le positif et, quand je jette un regard sur les quatre dernières années, je n’ai que de bons souvenirs de mon passage dans la LHJMQ

Quand je n’étais encore qu’un enfant, je rêvais de jouer à ce niveau et, au final, j’y ai évolué pendant quatre saisons, jouant près de 300 matchs, en plus de gagner la Coupe du président et la Coupe Memorial avec les Huskies de Rouyn-Noranda l’année dernière.

J’ai même eu l’occasion de terminer mon stage avec les Saguenéens de Chicoutimi, l’équipe de mon enfance. J’ai toujours été un gros fan de hockey et, plus jeune, quand j’allais les voir, j’étais le premier à me lever quand ils comptaient un but. Mon sentiment d’appartenance était déjà là et je suis content d’avoir eu la chance de jouer ma dernière saison junior avec eux.

C’était vraiment un rêve qui est devenu réalité, de passer des gradins, à encourager l’équipe, à la patinoire, devant les fidèles partisans.

Je tiens d’ailleurs à remercier Mario Pouliot, mon ancien entraîneur et directeur général chez les Huskies, qui m’a échangé aux Saguenéens. Après la transaction, il m’a indiqué que jamais il ne m’aurait envoyé ailleurs qu’à Chicoutimi et je suis plus que reconnaissant envers lui de m’avoir permis de vivre cette expérience de jouer chez moi, dans ma région, devant ma famille et mes amis.

Je m’en voudrais aussi de ne pas remercier mon entraîneur et directeur général, Yannick Jean, mes coéquipiers, de même que toute l’organisation, qui m’ont fait sentir comme si j’avais joué toute ma carrière avec les Saguenéens.

Oui, c’est une saison qui se termine trop vite, mais je sais que nous avions ce qu’il faut pour aller jusqu’au bout. C’était ma mission. J’aurais tellement aimé que mes coéquipiers puissent vivre le sentiment de soulever la Coupe du Président et la Coupe Memorial.

Mais, encore une fois, je me concentre sur le positif.

Il y a un an presque jour pour jour, j’ai pu savourer cette victoire ultime et je peux dire sans aucun doute que ce fut le plus beau moment de ma carrière de hockeyeur.

Je vais m’en souvenir toute ma vie.

Au-delà des victoires et des conquêtes, j’ai aussi eu la chance de rencontrer de nouvelles personnes, de me faire de nouveaux amis. Que ce soit sur la patinoire ou à l’extérieur, j’ai tout vécu avec eux.

À vous, mes frères, je vous remercie d’avoir agrémenté mon parcours et je ne vous oublierai jamais !

Une reconnaissance unique

Le dénouement de ma carrière junior signifie également la fin de mes études collégiales et, d’ici la fin de l’été, je serai officiellement diplômé en Sciences de la nature. Certains vous diront que je suis bolé, d’autres vous diront que c’est inné, mais pour moi, l’école a toujours été une priorité.

Dès mon plus jeune âge, mes parents m’ont enseigné l’importance des études. Oui, je sais que j’ai des chances de gagner ma vie avec le hockey, mais c’est loin d’être une tâche facile à accomplir. C’est pourquoi c’est primordial pour moi d’avoir un plan B.

Au cours des quatre dernières années, je me suis donné corps et âme sur la patinoire, mais aussi dans mes études. J’ai travaillé sans cesse pour obtenir le meilleur résultat possible. Je ne peux m’en empêcher, c’est dans ma nature. Ça fait partie de moi.

Grâce à mes efforts, je peux affirmer avec fierté que si je ne peux pas jouer au hockey au niveau professionnel, je pourrai poursuivre des études universitaires en physiothérapie, un domaine qui me passionne.

Mon travail acharné m’a également permis de remporter le prestigieux prix Marcel-Robert, un honneur que j’accepte avec beaucoup de fierté. Je pense que d’être reconnu à travers la ligue pour mes accomplissements scolaires et sportifs représente très bien mon parcours dans la LHJMQ.

Cliquez sur l'image ci-dessus pour visionner la remise virtuelle du prix Marcel-Robert.

J’aimerais également prendre le temps de souligner le travail des deux autres nommés, Gabriel Proulx et Matthew Welsh, deux gars que je connais bien et qui excellent tant à l’école que sur la patinoire.

Honnêtement, je pense que nous aurions tous mérité de remporter cet honneur.

Certes, je suis heureux d’être le récipiendaire du prix Marcel-Robert pour la saison 2020, mais il serait faux de dire que cette réalisation est le fruit d’un travail individuel. En réalité, c’est en faisant équipe avec de nombreux alliés comme l’Alliance Sport-Études (ASE) que le tout a été possible.

Dans un contexte où nous sommes appelés à nous entraîner presque tous les jours, à voyager partout au Québec et dans les Maritimes pour jouer deux à trois matchs par semaine, c’est parfois difficile de trouver le temps pour se mettre le nez dans les livres.

Mais les programmes adaptés à notre réalité que nous offre l’ASE facilitent grandement notre tâche. Peu importe le moment ou la situation, l’Alliance et ses membres sont toujours là pour nous soutenir et nous fournir l’encadrement nécessaire pour favoriser notre réussite.

Ainsi, je tiens à remercier du plus profond de mon cœur l’Alliance Sport-Études, de même que toutes les autres personnes du milieu scolaire que j’ai côtoyées au cours des quatre dernières années.

Des conseillères pédagogiques comme Lucie Landry, des Huskies, et Joanne Leblanc, des Saguenéens, aux nombreux professeurs du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et du Cégep de Chicoutimi, vous avez tous eu un impact positif dans mon cheminement. Grâce à votre présence et à votre compréhension, j’ai pu concilier sport et études, deux éléments qui me tiennent à cœur.

Ces personnes ont toujours été présentes, dans les bons jours comme dans les plus difficiles, et elles mériteraient toutes de voir leurs noms inscrits sur le trophée avec le mien.

Objectif : Rocket de Laval

La période que nous vivons présentement n’est facile pour personne. Nous faisons face à une situation inquiétante, mais, en dépit des circonstances, il faut toujours trouver du positif!

Je profiterai donc des prochaines semaines pour terminer mes études collégiales et pour donner un coup de main à mes parents qui viennent tout juste de relancer les activités de la pizzeria familiale.

J’ai toujours été choyé et j’ai pu vivre des expériences inoubliables grâce à eux, car ils n’ont jamais hésité à donner de leur temps. C’est pour cette raison qu’à mon tour, je me fais un devoir de redonner du mieux que je le peux, chaque fois que j’en ai l’occasion.

De plus, cette longue pause sans hockey me permet de reprendre l’entraînement hors glace de manière rigoureuse afin de réaliser mon prochain objectif, soit celui de percer l’alignement du Rocket de Laval dès la saison prochaine.

Ce n’est un secret pour personne, mon but ultime est de jouer dans la LNH et c’est par là que je dois commencer.

J’ai donc amorcé ma préparation en vue du prochain camp des recrues des Canadiens de Montréal qui m’ont repêché l’été dernier. Le tout devrait avoir lieu à l’automne prochain et, naturellement, j’aimerais avoir un contrat en poche lorsque je retournerai sur la glace. Dans le cas contraire, je serai prêt à prouver que j’ai ma place avec le club-école du Rocket.

La persévérance a toujours été l’une de mes grandes qualités et je sais comment faire face à l’adversité. J’ai eu des embûches dans ma vie, mais j’ai toujours su les surmonter parce que je n’ai jamais arrêté de travailler. C’est également pour cette raison que j’ai pris la décision de poursuivre mes études universitaires, même si j’amorce une carrière professionnelle.

Même si tu joues à ce niveau, tu ne sais jamais ce qui peut arriver. Tu peux avoir une blessure ou vivre un événement qui fait que tu ne peux plus jouer. Si l’avenir fait en sorte que je ne peux gagner ma vie au hockey, j’aurai déjà fait une bonne partie du travail pour poursuivre ma carrière en tant que physiothérapeute. Je ne serai pas dans le néant.

D’ailleurs, j’ai récemment eu la chance de m’entretenir avec Alexandre Alain, qui a également choisi de continuer son parcours scolaire à distance, tout en s’alignant avec le Rocket.

Il est définitivement un exemple pour moi. Il excelle sur la glace, mais aussi dans ses études universitaires.

Maintenant, c’est à mon tour d’essayer de suivre sa voie et je prendrai tous les conseils qu’il me donnera.

Un parcours impossible sans eux

Tellement de noms me viennent en tête lorsque je pense aux gens qui ont influencé ma carrière de hockeyeur jusqu’à maintenant. Je n’ai qu’à penser à mes anciens entraîneurs Steve Thériault, Michel Giguère, Simon Gaudreault et Gilles Bouchard qui, à leur manière, ont tous eu un impact positif dans ma vie.

Il y a aussi Guylaine Gauthier et Jean-Félix Châtillon qui m’ont accueilli à bras ouverts dans ma maison de pension à Rouyn-Noranda, alors que je n’étais encore qu’un adolescent. J’ai grandi avec vous et vous faites partie de ma vie à tout jamais.

J’ai également une pensée pour toutes les organisations avec lesquelles j’ai évolué, du Saguenay jusqu’en Abitibi, ainsi qu’aux nombreux partisans qui ont toujours été là, match après match, pour nous encourager. La LHJMQ ne serait pas la même sans eux et leur passion pour le hockey.

Finalement, je pense à ma famille. À mes parents, Marc et Johanne, à ma sœur Katherine, de même qu’à mes frères Jean-Daniel et Vincent. Ils ont fait tant de sacrifices pour moi et, sans eux, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui.

À vrai dire, on parle souvent des événements positifs de la carrière d’un joueur de hockey, mais il y a aussi des bas. Personnellement, j’ai vécu des déceptions durant mon parcours. J’ai été retranché à quelques reprises et, à certains moments, des gens ont commencé à douter de mon talent et de mon avenir au hockey.

Ma famille, jamais.

Ça n’a pas toujours été facile, mais ils ont toujours cru en moi. Que ce soit en personne, sur Facebook ou par téléphone, je ne peux même pas compter le nombre de mots d’encouragement que j’ai reçus de leur part !

Mon père avait d’ailleurs l’habitude de m’envoyer un message texte après chaque match pour me motiver à demeurer positif. Que ça ait bien été ou non, il était toujours là pour me dire « ne regarde pas en arrière, regarde en avant » et, aujourd’hui, c’est ce que je fais.

Leur soutien a été, et demeurera à tout jamais crucial. Ils ont fait de moi un meilleur hockeyeur, mais surtout une meilleure personne.

C’est grandement grâce à eux que je peux poursuivre mon rêve et je les remercie de tout cœur.

Ça va bien aller…