Sports d’hiver

Le combat contre les éléments

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Crédit photo: Dave Holland/Patinage de vitesse Canada 


Montréal, 22 mai 2020 (Sportcom) – Passer à travers la saison hivernale est quelque chose d’ardu pour plusieurs. Pour les athlètes des sports d’endurance d’hiver, cela signifie braver les intempéries, le plus souvent dans une combinaison moulante en spandex à s’essouffler dans des conditions météorologiques qui pourraient grandement influencer leur chrono.

Sportcom a parlé à différents athlètes qui pratiquent leur sport à l’extérieur et propose une série sur leurs anecdotes vécues en compétition ou à l’entraînement. Après les anecdotes des cyclistes mercredi et celles des athlètes des sports aquatiques jeudi, nous concluons cette série avec des athlètes des sports d’hiver.

Le Rocky sur longues lames

Le patineur de vitesse longue piste Laurent Dubreuil a passé une grande partie de sa carrière à s’entraîner sur l’anneau extérieur du Centre national d’entraînement Gaétan-Boucher de Québec. De mauvaises conditions météo, il en a vu. En 2011, l’orgueilleux junior qu’il était voulait prouver qu’il avait sa place parmi l’élite et il se souvient d’une séance d’entraînement où il a appris à la dure.

Le mercure oscillait autour du point de congélation et la glace était dans un état tel où le patinage était périlleux, voire impossible.

« Il y avait de la grêle et de la pluie. Il n’y avait aucune glisse et Gregor (Jelonek, son entraîneur) nous a dit qu’on ne patinait pas. Il avait raison, mais moi, j’étais jeune, fringant et je voulais faire mon tough ! À la limite, c’était de l’arrogance. »

Dubreuil et un autre patineur se rendent tout de même sur la glace alors que les autres coéquipiers vont s’entraîner à l’intérieur. Rapidement, Dubreuil constate qu’à son premier tour, il est plus lent de 7 secondes. Au deuxième, le retard est de 15 secondes. Une éternité, quoi !

« Quand j’arrêtais de patiner, j’étais complètement immobile après seulement 20 mètres ! Et il ne ventait pas. »

Plus tard, Dubreuil est allé rejoindre le groupe d’entraînement à l’intérieur. « Tous les vélos stationnaires étaient cordés devant la fenêtre qui donnait sur l’anneau. Je pense que Gregor était fâché que je ne l’écoute pas, mais en dedans de lui, il était aussi content de voir la fougue d’une jeune qui ne se satisfait pas de ce qu’il a et qui veut aller en chercher plus. Dans ma tête, si je me laissais battre par les éléments, je ne pouvais pas m’améliorer à mon plein potentiel. »

Si Dubreuil avait cette soif de motivation, ce n’était pas parce qu’il s’était inspiré d’un patineur de vitesse, mais bien d’un boxeur : Rocky Balboa. Plus précisément celui dans le quatrième opus de cette série de films cultes.

« Cette scène de 7 minutes où il s’entraîne en Sibérie, qui a en fait été filmée au Canada, c’est celle que j’ai regardée le plus souvent dans ma vie, déclare passionnément le patineur. Quand tu regardes cette scène, c’est impossible de ne pas avoir envie d’aller t’entraîner dans la neige après ! Entre 16 et 24 ans, je visionnais cette scène au moins une fois par semaine et quand j’entends la musique, la scène est parfaitement claire dans ma tête. »

Laurent Dubreuil, Rocky Balboa, même combat !

Satané fartage !

Le fartage en ski de fond, particulièrement le fart de poussée en style classique, est l’équivalent de la sélection des pneus pour une voiture de Formule 1. Ce qui peut être un bon choix avant la course peut virer à la catastrophe si la météo change drastiquement.

La fondeuse Cendrine Browne l’a vécu à sa dernière course aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

« La température a changé pendant la course du 30 kilomètres. J’étais dans le top-30, tout allait bien et ensuite, la température a chuté et le fartage ne fonctionnait plus du tout. Et en plus, je commençais à être malade. »

Contrairement à d’autres sports où les athlètes n’ont qu’une seule épreuve pour briller, Browne avait au moins déjà quatre courses disputées sur les parcours du centre de ski de fond Alpensia.

« Je pense avoir fini la course en avant-dernière place, mais dans ma tête, je ne pouvais juste pas abandonner parce que j’étais aux Jeux. J’ai persévéré, mais ce n’était vraiment pas drôle. Je ne suis pas satisfaite de mon classement, mais satisfaite d’avoir continué, même si c’était super difficile. Aux Olympiques, tu n’abandonnes pas ! »

L’hiver dernier aux Championnats du monde de ski de fond des moins de 23 ans, Antoine Cyr a vécu un scénario semblable.

« Il faisait environ -2 degrés et c’était soit de la pluie battante ou de la neige. En ski de fond, ces conditions sont un cauchemar pour le fartage, surtout en classique. Ma tasse de thé, c’est le 15 kilomètres classique et c’est à cette course où j’ai eu un « jour sans » (Ndrl : une journée où l’énergie est à plat, sans savoir pourquoi). J’ai fait une erreur dans mon choix de skis et j’ai frappé le mur. J’avais une bonne glisse, mais zéro kick. »

Lorsque le fart de poussée n’agrippe pas à la neige, la seule façon de se propulser, c’est avec le haut du corps.

« Dans un parcours qui grimpe énormément, ce n’est pas facile. Le réservoir était vide et ce n’était pas le fun pantoute ! Ce ne sont pas de beaux souvenirs, mais heureusement, nous avions d’autres courses plus tard dans le Championnat. »