Tir à l’arc

Jeannot Robitaille, l’homme de précision

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Courtoisie 
Jeannot Robitaille en action lorsqu'il représentait le Canada sur la scène internationale.

Montréal, 29 juin 2020 (Sportcom) – L’ancien archer et double Olympien Jeannot Robitaille était parmi les meilleurs au pays à l’époque où l’expression athlète amateur prenait sa pleine mesure. Archer, mais aussi grutier de métier, il enchaînait les heures supplémentaires sur les chantiers afin d’avoir assez d’argent pour s’acheter de l’équipement, prendre part à des compétitions et faire vivre sa famille.

« C’est le temps supplémentaire qui m’a permis de payer mes compétitions. Nous n’avions pas d’argent sauf le brevet canadien lorsque j’ai fait les Jeux olympiques. Ma priorité, c’était ma famille. Après, je faisais mon sport. »

Retour sur la carrière d’un grand du tir à l’arc québécois qui compte aussi deux présences aux Championnats du monde et une aux Jeux panaméricains.

Coup de foudre au Club Cupidon

Jeannot Robitaille avait déjà touché à la discipline alors qu’il chassait à l’arc en Abitibi. Tout a déboulé lorsqu’il a commencé à tirer à l’arc recourbé au club Cupidon. Oui, un vrai coup de foudre !

« J’avais du plaisir à faire du tir à l’arc », se souvient celui qui a fait ses débuts compétitifs en 1988, alors qu’il était au début de la trentaine. « Quand j’ai commencé, mon but était de voir jusqu’où je pouvais aller en tir à l’arc. La seule compétition où tous les plus forts sont là, c’est les Jeux olympiques. »

Pour atteindre ce but, Jeannot Robitaille a commencé par vouloir être le meilleur de son club où il a fait la rencontre de celui qui allait devenir son mentor, Paul Fontaine.

« Je le regardais et il avait du plaisir à tirer. Il avait déjà participé aux Championnats du monde et c’est lui que je devais battre si je voulais aller loin. Il m’a aidé à faire face à mes peurs et il a toujours eu confiance en moi. »

À peine quatre ans plus tard, Robitaille représentait le Canada aux Jeux olympiques de Barcelone.

Baptême olympique

Diminué par une otite séreuse à son arrivée en Catalogne, l’archer termine 71e sur 74 participants à ses premiers Jeux olympiques.

« Ce n’était pas du tout à la hauteur de ce que j’étais capable de faire », se rappelle celui qui faisait partie du contingent de trois athlètes québécois à Barcelone avec Claude Rousseau et Sylvain Cadieux. « Au Québec, nous étions vraiment forts! »

L’athlète a mis les bouchées doubles et c’est mieux préparé et en santé qu’il s’est présenté à Atlanta, quatre ans plus tard, pour signer la meilleure performance canadienne, une 38e place.

Cette fois, il était le seul représentant québécois aux Jeux. Pourquoi les archers québécois sont-ils toujours aussi peu nombreux dans les équipes olympiques canadiennes ?

« Les archers au Québec ne sont pas moins bons », avance M. Robitaille, qui croit que ce sont ceux des autres provinces qui se sont améliorés, particulièrement les Ontariens.

Archer ou grutier : pression et précision

Au fil de l’entretien, Jeannot Robitaille ne cesse de dresser des parallèles entre sa carrière d’archer et celle d’opérateur de grue. Les deux ont été complémentaires à ses yeux.

« Je suis devenu un meilleur grutier grâce au tir à l’arc et je suis devenu meilleur archer grâce à mon métier. Lorsqu’une personne attache une pièce à la grue, il y a une concentration nécessaire afin de ne pas blesser la personne. Du moment que la pièce est bien attachée et que la personne est en sécurité, ma concentration devient plus large. Et lorsque la pièce arrive en haut, la concentration redevient étroite.

C’est la même chose en tir à l’arc. Ma concentration est serrée lorsque je lève mon arc et lorsque la flèche frappe la cible, ma concentration devient plus large. Paul Fontaine m’a souvent répété que j’avais pratiqué mon tir à l’arc pendant 15 ans avant d’avoir touché à un arc, juste grâce à mon métier!»

Jeannot Robitaille a arrêté la compétition de haut niveau à la suite d’une blessure à une épaule qui s’est développée après une chute à vélo en 1996. Il a toutefois continué à être précis comme en fait foi son record du monde de 298 points, réalisé en juillet 2003 à Québec, à l’épreuve de l’individuel 90 mètres extérieur (36 flèches), arc recourbé, dans la catégorie des maîtres.

Même si les technologies d’entraînement se sont perfectionnées depuis l’époque où il était un athlète de haut niveau, une chose ne changera pas dans ce sport : « Tu es tout seul avec toi-même. Ma grosse force, c’était ma concentration. »